Pretoria et la déviation destructrice

Pretoria et la déviation destructrice

S’agit-il d’un simple caprice personnel fondé sur des calculs circonstanciels ? Ou bien ces choix sont-ils le fruit d’un État guidé par des intérêts stratégiques ?

Quelle que soit la réponse, l’histoire nous montre indéniablement que les positions de Ramaphosa étaient bien loin de toute logique de principe, d’histoire et de géographie.

Il arrive qu’un État se trompe d’époque. L’Afrique du Sud d’aujourd’hui semble s’être trompée de siècle.

Lorsque le président Cyril Ramaphosa ressasse au Parlement la rhétorique figée de la ”Libération du peuple sahraoui”, il ne défend pas une cause africaine : il met en scène le décalage d’un pouvoir qui parle encore le langage des luttes de libération alors que le continent parle désormais celui des corridors logistiques, des interconnexions énergétiques et des chaînes de valeur industrielles.

Pretoria agit comme si l’Afrique était restée bloquée dans les années 1970. Le reste du continent, lui, avance.

Moralité perdue

L’Afrique du Sud continue de se draper dans l’héritage de Nelson Mandela mais elle en a perdu l’essentiel : la lucidité stratégique. Mandela savait que la morale ne pèse que si elle s’appuie sur une capacité d’action. Or, aujourd’hui, Pretoria brandit la vertu tout en accumulant les fragilités : crise énergétique chronique, croissance anémique, infrastructures délabrées, défiance sociale.

Dans ce contexte, la politique étrangère devient une tribune commode. On y proclame des principes que l’on n’a plus les moyens de traduire en influence réelle.

Le soutien automatique au Front Polisario relève moins d’une analyse stratégique que d’une fidélité idéologique devenue réflexe bureaucratique. Pretoria agit par inertie historique, comme un ancien révolutionnaire qui récite encore son manifeste dans une salle déjà vide.

Pendant que Pretoria déclame, Rabat investit

La comparaison avec la diplomatie marocaine est cruelle pour Pretoria. Là où l’Afrique du Sud proclame, le Maroc finance. Là où Pretoria moralise, Rabat contractualise. Là où l’une utilise des symboles de noblesse et des outils de construction, l’autre utilise des réseaux d’antagonisme et des outils de démolition.

Le retour du Maroc dans l’Union africaine a agi comme un révélateur : loin d’isoler Rabat, il a montré combien l’Afrique privilégie désormais les partenaires capables d’apporter ports, crédits, engrais, formations et sécurité.

Pretoria, qui se rêvait conscience du continent, découvre qu’elle en devient la voix périphérique.

Un pouvoir qui compense ses failles

Cette radicalité diplomatique n’est pas un choix stratégique : c’est un symptôme politique. Le parti historique de la libération, African National Congress, gouverne aujourd’hui un pays qu’il peine à administrer. L’autorité morale héritée de l’anti-apartheid ne suffit plus à masquer la fatigue du pouvoir.

Alors on durcit le ton à l’extérieur pour masquer l’impuissance intérieure. On invoque des causes lointaines pour éviter les urgences nationales. On transforme la diplomatie en théâtre idéologique.

Mais l’Afrique du XXIᵉ siècle n’a plus besoin de tribuns. Elle cherche des ingénieurs politiques, des investisseurs, des stabilisateurs régionaux.

Le ressentiment comme politique étrangère

L’hostilité sud-africaine envers le Maroc ressemble de plus en plus à une doctrine du ressentiment. Ce n’est pas la position marocaine qui dérange Pretoria : c’est sa réussite. Voir un autre acteur africain gagner en influence, attirer des investissements et structurer des alliances révèle brutalement le déclassement sud-africain.

Dans le nouvel ordre africain, l’influence se mesure en pipelines, en hubs portuaires, en partenariats industriels, pas en déclarations parlementaires.

Et sur ce terrain, Pretoria parle fort parce qu’elle agit peu.

L’Afrique du Sud voulait rester la voix morale du continent.

Elle risque d’en devenir la vieille cassette idéologique : on se souvient qu’elle fut essentielle mais plus personne ne l’écoute et pendant qu’elle rembobine le passé, d’autres enregistrent déjà l’avenir.

Hicham El Menzhi

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