La pharmacie marocaine n’est pas en crise de modèle mais de régulation

La pharmacie marocaine n’est pas en crise de modèle mais de régulation

Au Maroc, le débat autour de l’ouverture du capital des pharmacies a été présenté comme une réponse à une supposée crise structurelle de l’officine. Pourtant, cette lecture simplifie à l’excès une réalité beaucoup plus complexe. La pharmacie marocaine ne souffre pas d’un modèle dépassé : elle souffre d’un environnement insuffisamment régulé.

Dans les faits, l’officine reste l’un des derniers espaces de santé de proximité, accessible sans rendez-vous, présent dans les centres urbains comme dans les zones semi-rurales, et jouant un rôle silencieux mais décisif dans la prévention, l’éducation thérapeutique et la sécurisation des traitements. Ce rôle correspond précisément aux orientations de l’Organisation mondiale de la Santé, qui place les professionnels de première ligne au cœur de la résilience des systèmes sanitaires.

Le problème marocain n’est donc pas l’indépendance du pharmacien mais l’absence d’une gouvernance cohérente de l’ensemble de la chaîne du médicament. Les prix demeurent peu transparents, les responsabilités industrielles insuffisamment encadrées, la politique du générique encore fragile et la régulation du marché fragmentée. Dans ce contexte, cibler l’officine comme variable d’ajustement revient à traiter le symptôme plutôt que la cause.

Les analyses économiques convergent d’ailleurs vers ce constat. La Banque mondiale rappelle régulièrement que l’efficience des systèmes de santé dépend moins de la financiarisation des services que de la qualité de leur régulation, de la transparence des prix et de la pertinence des incitations publiques. Autrement dit, moderniser ne signifie pas déréguler, et réformer ne signifie pas transférer la logique sanitaire vers une logique purement capitalistique.

Au Maroc, l’officine joue aujourd’hui un rôle d’amortisseur social du système de santé. Elle absorbe les retards de remboursement, conseille gratuitement les patients, oriente les cas urgents et maintient un accès territorial au médicament. Fragiliser cette structure sans corriger les déséquilibres industriels et réglementaires reviendrait à déplacer le problème sans le résoudre.

La vraie réforme n’est donc pas celle du capital des pharmacies. Elle est celle de la régulation du médicament dans son ensemble : transparence des coûts, responsabilité industrielle, gouvernance des données sanitaires et reconnaissance du pharmacien comme acteur de santé publique. Sans cette vision globale, toute réforme partielle risque de produire plus d’instabilité que de progrès.

Le Maroc n’a pas besoin de copier des modèles importés. Il a besoin de construire une régulation adaptée à ses réalités sanitaires, économiques et sociales. Et dans cette architecture, le pharmacien n’est pas l’obstacle à la modernisation : il peut en être le pivot.

 Hicham El Menzhi

Auteur du livre : Le pharmacien dans la santé publique

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